Maladies articulaires chez les prédateurs féroces de l’âge de glace : les tigres à dents de sabre et les loups géants

Patrick Lesggie

Les chercheurs ont découvert que les sabertooth cats et les loups gigantesques de l’ère glaciaire présentaient un taux élevé d’ostéochondrose dans leurs articulations, basé sur plus de 1 500 os des membres étudiés provenant des La Brea Tar Pits. Cette recherche suggère un lien potentiel entre les problèmes de santé de ces espèces anciennes et ceux des animaux domestiques modernes.

Une étude révèle une incidence étonnamment élevée d’ostéochondrose chez ces prédateurs éteints.

Les sabertooth cats et les loups gigantesques de l’ère glaciaire ont connu une forte incidence de maladies osseuses dans leurs articulations, selon une étude publiée récemment dans la revue en libre accès PLOS ONE par Hugo Schmökel de l’Académie Evidensia, en Suède, et ses collègues.

Ostéochondrose chez les espèces anciennes

L’ostéochondrose est une maladie osseuse développementale connue pour affecter les articulations des vertébrés, y compris les humains et diverses espèces domestiquées. Cependant, la maladie n’est pas documentée de manière approfondie chez les espèces sauvages et les cas publiés sont assez rares. Dans cette étude, Schmökel et ses collègues ont identifié des signes de cette maladie dans des os fossilisés appartenant aux sabertooth cats (Smilodon fatalis) de l’ère glaciaire et aux loups gigantesques (Aenocyon dirus) datant d’environ 55 000 à 12 000 ans.

Reconstruction de loup gigantesque

Photographie d’une reconstruction de loup gigantesque exposée aux La Brea Tar Pits & Museum. Crédit : La Brea Tar Pits and Museum & Natural History Museum of Los Angeles County, CC-BY 4.0

Résultats de recherche des La Brea Tar Pits

Les chercheurs ont examiné plus de 1 000 os des membres de sabertooth cats et plus de 500 os des membres de loups gigantesques provenant des La Brea Tar Pits de la fin du Pléistocène, découvrant de petits défauts dans de nombreux os, cohérents avec une manifestation spécifique de maladie osseuse appelée ostéochondrose disséquante (OCD). Ces défauts étaient principalement observés dans les articulations des épaules et des genoux, avec une incidence allant jusqu’à 7 % des os examinés, significativement plus élevée que celle observée chez les espèces modernes.

Implications et recherches futures

Cette étude se limite à des os isolés d’un seul site fossilifère, de sorte qu’une étude ultérieure sur d’autres sites fossiles pourrait révéler des modèles de prévalence de cette maladie, et de là pourrait éclairer certains aspects de la vie de ces animaux. Il n’est pas clair, par exemple, si ces problèmes articulaires auraient entravé les capacités de chasse de ces prédateurs. En outre, l’OCD est couramment observée chez les chiens domestiques modernes qui sont très consanguins, il est donc possible que la forte incidence de la maladie chez ces animaux fossiles soit un signe de diminution des populations au fur et à mesure que ces espèces anciennes approchaient de l’extinction.

Saber-Toothed Cat dans les La Brea Tar Pits

Détail d’une illustration de 1911 d’un sabre-toothed cat dans les La Brea Tar Pits. Crédit : Robert Bruce Horsfall & Natural History Museum of Los Angeles County, CC-BY 4.0

Connexion avec les animaux modernes

Les auteurs ajoutent : « Cette étude s’ajoute à la littérature croissante sur la paléopathologie des Smilodon et des loups gigantesques, rendue possible par les échantillons exceptionnellement nombreux des La Brea Tar Pits & Museum. Cette collaboration entre paléontologues et vétérinaires confirme que ces animaux, bien qu’ils aient été de grands prédateurs qui ont survécu à des moments difficiles et qui sont aujourd’hui éteints, partageaient des affections communes avec les chats et les chiens de nos maisons d’aujourd’hui ».

Référence : “Subchondral defects resembling osteochondrosis dissecans in joint surfaces of the extinct saber-toothed cat Smilodon fatalis and dire wolf Aenocyon dirus” par Hugo Schmökel, Aisling Farrell et Mairin F. Balisi, 12 juillet 2023, PLOS ONE.
DOI : 10.1371/journal.pone.0287656